On ne demandait qu’à en rire

On peut s’interroger sur la signification réelle de la marche républicaine du dimanche 11 janvier 2015. Ce jour entrera dans l’histoire comme le symbole de la lutte pour la liberté d’expression et la liberté de la presse. Quarante chefs d’Etat dont Ali Bongo (président du Gabon), Sergueï Lavrov (ministre des Affaires étrangère de Vladimir Poutine), Viktor Orban (Premier ministre hongrois) sont venus rendre hommage à nos chantres de la liberté et de l’humour.

Les manifestant ont clamé leur fierté d’être Français, ont brandi des drapeaux et chanté leur hymne à tue-tête.

Mais cette marche n’était-elle pas censée être un hommage aux dessinateurs, aux policiers, aux juifs morts ces derniers jours ? L’équipe de Charlie Hebdo a bien évidemment été mise en avant, le président Hollande a voulu faire honneur aux caricaturistes morts sous les balles. Et pourtant…

Peut-on vraiment imaginer que, depuis leur nuage, Cabu, Charb et les autres, tous ces satiristes impertinents, se seraient sentis honorés d’un tel geste ? Et surtout, n’ont-il pas frissonné de voir la solennité de l’événement ?

Il semble que oui. Et il semble qu’ils nous aient envoyé un dernier signe d’impertinence moqueuse. Un dernier geste, comme un au-revoir, une dernière raison de rire en pensant à eux. Eh oui… en regardant la vidéo de François Hollande embrassant longuement Patrick Pelloux, on peut voir l’équipe de Charlie Hebdo, en arrière plan, prise d’un fou rire. La raison est simple : F. Hollande a reçu une fiente de pigeon sur son veston au moment d’embrasser P. Pelloux. Comme envoyée par nos compères, au tout dernier moment, pour nous rappeler qu’aucun symbole ne doit être pris au sérieux, que tous les symboles n’existent que pour être pris en dérision. Ils ont réussi. In extremis, ils nous ont fait sortir de notre sérieux, ils nous faire rire, au moment le moins politiquement correct. Ils n’auraient pu trouver plus belle manière de s’exprimer par-delà la mort. Et la magie a opéré…

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À vos marques, prêts, parlez !

Ce blog n’a d’autre but que de laisser une voix s’exprimer. Parce que j’y pensais depuis longtemps, et parce qu’il m’a semblé que la meilleure réponse qu’on puisse donner aux assassins de Charb, Cabu, Bernard Maris et tous les autres, c’est de s’exprimer. De montrer que non, ils ne parviendront pas à nous bâillonner. Frapper la France en s’attaquant à la liberté d’expression : personne ne l’avait vu venir. Nous sommes en deuil aujourd’hui. Chacun voudrait rester sous sa couette, ne pas se lever, ne pas se souvenir de ce qui s’est passé. Et pourtant il faut avancer. Il faut répondre. Il faut se tenir debout, solidaires, être bavards, curieux. Continuer de s’intéresser à notre monde, aussi nauséabond qu’il puisse paraître. Il faut chercher, comprendre, s’instruire. Ne pas faire de raccourcis. Se rappeler que cette attaque n’a été organisée que par deux fous-à-lier, et que le lien entre ces deux hommes, et l’Islam et le monde musulman, ne devrait même pas nous traverser l’esprit.

Alors parlons, exprimons-nous, intéressons-nous. A son petit niveau, ce blog est créé pour ça. Pour honorer la mémoire des morts du 7 janvier 2015, pour honorer la mémoire de leurs crayons acérés. Répondons à la violence et à la haine, par l’amitié, la fraternité, la curiosité. Pour reprendre les mots du Premier ministre norvégien au lendemain des attaques d’Oslo de juillet 2011, je voudrais leur dire : « Vous ne nous détruirez pas. Vous ne détruirez pas la démocratie et notre travail pour rendre un monde meilleur. Nous allons répondre à la terreur par plus de démocratie, plus d’ouverture et de tolérance ».

Alors oui, interrogeons-nous, intéressons-nous. Ne nous précipitons pas à quelque réponse hâtive et rassurante. Après les événements de ce début janvier, il est temps de poser et de se poser des questions, d’en poser autant que possible. De laisser la parole à tout un chacun. Malgré tous les bouleversements actuels, en France mais aussi dans le monde, malgré la peur, le dégoût de la violence, l’envie de s’enfermer dans nos petits cocons quotidiens et familiers, nous devons nous ouvrir, nous exprimer, user de notre liberté pour renforcer nos démocraties. Cette liberté d’expression, acquise chèrement au cours de l’Histoire, elle appartient à tous. A vous, à moi, à ma tante Christiane, à votre cousin Germain, à Théo, Léa, Jean-Charles, Kevin, et Mohammed, à Marie-Alice et Fatima et Yona. Nous devons tous nous exprimer, parler, nous sentir libre. Mais surtout, nous devons tous nous écouter, nous respecter, nous comprendre. La liberté d’expression ne concerne pas que les grands noms, les intellectuels, les hommes et femmes cultivés et qui savent manier habilement les mots. Elle appartient à tous.

Je suis Charlie. Bienvenue sur ce blog.